dimanche 3 janvier 2016

Parentaliés imposées, constat et proposition

Comment poser la question de la parentalité ?


Avant, c'était simple: on couchait, on s'exposait à la procréation, l'acte sexuel était le l'antichambre de la parentalité, acte sexuel = acte de procréation.
Ce temps n'est plus, où du moins, les choses ont changé.

Quelle est la situation actuelle ?
L'acte sexuel est détaché de l'acte de procréation pour les femmes.

De ce fait, logiquement, chaque enfant à naître devrait être désiré de ses parents. Or il n'en est rien, si la femme a le droit fort légitime d'être mère seulement si elle le veut, le consentement du père à la parentalité est un concept dont notre société rejette viscéralement la nécessité.

Il en découle que notre société dénie à l'enfant le droit, pourtant lui aussi fort légitime, d'être désiré par ses deux parents.

Un enfant, aujourd'hui, dans une société qui se veut « civilisée », ne devrait il pas être le fruit d'un projet parental mûri, cultivé, fantasmé longuement, d'un désir partagé ?

Dans ce nouvel état du monde dans lequel la pilule masculine n'est pas encore au point, que dans une relation durable, la femme elle même en vient à refuser l'usage du préservatif, que la vasectomie est un choix radical par lequel l'homme renonce définitivement à rencontrer un jour la femme qui lui donnera le désir de paternité, le choix de parentalité n'appartient plus qu'à la femme.

Le dialogue inventé cité ci-dessous résume donc le point de vue de notre société sur ses enfants :
  • Maman, pourquoi suis-je au monde ?
  • Parce que je t'ai désiré mon enfant.
  • Et papa ?
  • Papa c'est moins important, il n'avait qu'à prendre ses précautions.

Le besoin d'un enfant d'avoir deux parents consentants est nié de fait. L'acte sexuel du géniteur vaut consentement à la charge parentale et à son engagement, c'est comme ça, même si l'enfant doit souffrir du non désir de son père.

Il y a confusion entre le parent biologique et le parent affectif.


Concilier trois points de vue différents :
Pour tenter d'apporter une solution à ce nouveau déséquilibre, de nombreuses voix proposent la paternité sous X. Donner à l'homme le même droit qu'à la femme : n'être pas connu de son enfant, lequel est confié à des tiers.
Cette solution, si elle a le mérite d'apporter une solution aux deux parents « non désirants », me paraît toutefois encore imparfaite, tout humain ayant besoin un jour où l'autre de connaître ses origines.

La nouvelle équation dans la problématique du choix de parentalité s'articule donc sur trois points de vues :
Celui de la femme
Celui de l'homme
Celui de l'enfant



Pour l'enfant : il paraît évident que son intérêt est d'avoir deux parents aimants, partageant le désir d'être ses parents, de vrais parents affectifs. Dans le cas où il ne connaît pas ses parents biologiques, de nombreux témoignages montrent qu'il le souhaite et que cette connaissance est nécessaire pour construire sa vie sereinement.

Pour la femme : son intérêt est de conserver une parentalité consentie. Puisque c'est dans son ventre que l'enfant est fabriqué, le droit à l'I.V.G. doit demeurer sacré.
Pour l'homme : son intérêt est d'accéder, comme la femme, à une parentalité consentie. En aucun cas, pourtant il ne peut s'envisager qu'il dicte unilatéralement le choix d'avorter ou de ne pas avorter à une femme.

Alors, comment concilier dans l'intérêt de tous, ces trois point de vues à priori contradictoires ?


La proposition suivante me paraît être un compromis digne d'attention:

Établir dans la loi un statut clair de parent : le parent affectif et le parent biologique.

Le parent affectif : Il n'est pas forcément le parent biologique. Il est celui qui est consentant à la parentalité. Il s'engage à éduquer, donner de l'amour, être là, civiliser, permettre à l'enfant de se construire. C'est véritablement lui qui « fait » l'enfant.

Le parent biologique : Il est celui par qui l'enfant est venu au monde mais pas forcément le parent affectif.Femme où homme, il peut refuser le projet de parentalité affective pour des raisons qui lui sont propres : il n'est pas prêt matériellement , psychologiquement, cas de viol, de piège à la parentalité, il ne veut pas, tout « simplement ».

Quand l'homme et la femme apprennent qu'ils vont devenir parents (où qu'ils le sont déjà, pour les pères qui apprennent leur paternité après la naissance de l'enfant), ils signent ensemble ou séparément un document officiel :

Reconnaissance de parentalité affective : par lequel ils sont consentants à la parentalité et s'engagent à élever leur enfant de leur mieux, affectivement et matériellement. Ce contrat matériel et moral fait d'eux les véritables parents, même s'ils ne sont pas les parents biologiques.

Document de parentalité biologique : les tests A.D.N où leur simple signature les déclare parents biologiques. Ils sont totalement distincts des parents affectifs dont ils refusent l'engagement. Ils n'ont, de ce fait, aucun droit sur les enfants mais ne peuvent en aucun cas être poursuivis pour le fait d'être parents (un ajustement est, par ailleurs à prévoir pour les cas où un frère est issu d'une parentalité consentie, et non l'autre, piège hélas courant, on le sait, tendu à dessein).

Ce document, variante de la parentalité « sous X » sera simplement utile à l'enfant quand il voudra connaître ses origines.


Pour l'enfant : il doit avoir le droit de savoir un jour qui sont ses parents. Il ne me paraît pas sain de vivre caché, ou de taire la vérité aux enfants qui dans ce cas imaginent des choses plus terribles encore que ce qu'on ne veut pas leur dire. Un père doit pouvoir, le moment venu expliquer la différence entre un père biologique et un père affectif. Expliquer la réalité d'aujourd'hui: l'acte sexuel et l'acte de procréation sont depuis déjà longtemps distincts, refuser une parentalité ne signifie aucunement haïr les enfants.

Pourquoi ne pas imaginer qu'une entrevue d'un jour, d'un moment, soit possible à un enfant pour qu'une fois dans sa vie (entre 1 et 18 ans?), il puisse voir devant lui ses parents biologiques ?

Avantages de cette proposition :
*Elle évite les conflits, les déchirements et les ravages que provoquent les parentalités imposées. Les enfants pourraient alors venir au monde dans la sérénité sans avoir le sentiment d'être le fruit d'une duperie, d'un mensonge ou d'une violence sur l'un de ses parents.

*Elle dégage l'enfant, au moins sur le plan de sa naissance, de la guerre des sexes (qui osera nier qu'il n'y est pas, actuellement au centre?)

*Elle clarifie le rôle de parent : je suis parent consentant, j'assume par écrit ce choix difficile ; je ne suis pas parent consentant, j'assume aussi par écrit ce choix non moins difficile.

*Tout en apportant une solution légale au problème des parentalités imposées, elle ne dispense aucunement les recherches sur les contraceptions masculines et féminines.
A ce sujet, notons toutefois que s'en remettre uniquement à la technologie permettant à l'homme d'accéder à l'équivalent masculin de la pilule contraceptive me paraît imprudent et surtout insuffisant. En cas de défaillance de sa pilule, il reviendra alors à la femme seule de décider où non de mettre ou non au monde un enfant non voulu.

L'intérêt supérieur de l'enfant est d'être attendu affectivement, psychologiquement et bien sûr matériellement. Son malheur est d'être convoqué dans un monde où il n'est pas désiré. Une femme n'est pas forcément une mère, un homme n'est pas forcément un père.

Puissent un jour les humains venir au monde sans être otages de la guerre des sexes.

01/01/2016

Thomas Julien



Pour prolonger et élargir la réflexion :


Deux sites 


 qui présentent à mes yeux la double qualité d'être à la fois richement documentés et ne présentant pas de contenus passionnés ou sexistes.

Paternités imposées :

La cause des hommes :

Un livre
Peu de livres, hélas, existent à ma connaissance sur ce sujet tabou. Citons donc bien sûr celui de l'avocate féministe Mary Plard paternités imposées, préfacé par Renaud Van Ruymbeke.

Émissions télé

De rares émissions passent parfois dans les médias, citons l'excellent film de Lorène Debaisieux « sois père et tais toi » :

"pères malgré eux", du 28 juillet 2016 dans "envoyé spécial" de France 2.

https://www.youtube.com/watch?v=FR91Iq6ndl8

Articles de presses


« pères malgré eux, ils assument » dans Marie Claire :

ou « pères malgré eux » dans Slate :